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les comores a la croisée

 
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PostPosted: 13/05/2006 01:40:16    Post subject: les comores a la croisée Reply with quote

Dimanche 14 mai, aura lieu le deuxième tour des présidentielles aux Comores qui seront cruciales pour le processus de réconciliation nationale dans cet archipel qui a vécu une instabilité chronique depuis son indépendance en 1975. La réussite de ce processus est vitale pour sortir l’Union des Comores de sa situation de sous-développement et d’extrême pauvreté qui, à terme, risque de mettre en péril la stabilité même de cette zone de l’océan Indien. Les bailleurs de fonds internationaux réunis le 8 décembre dernier à Maurice, qui assure, par ailleurs, la présidence 2006 de la Commission de l’Océan Indien, conscients de l’enjeu, ont promis de financer le plan d’action 2006-2009 de lutte contre la pauvreté et de relance économique sous réserve, notamment du bon déroulement des présentes présidentielles.
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Trois des quatre îles de l’archipel (Grande Comore, Anjouan, Mohéli) avaient choisi l’indépendance en 1974 alors que l’île de Mayotte avait opté pour le rattachement à la France. Depuis, l’archipel a subi une longue série de coups d’Etat et de tentatives de putschs et vécu une longue crise séparatiste dont les séquelles sont encore vivaces. Son premier président, Abdallah, est renversé une vingtaine de jours après son installation en 1975 par le Prince Jaffar, aidé du tristement célèbre mercenaire Denard. Un an après, Jaffar est remplacé par le socialiste Soilih qui sera assassiné en 1978 par les mêmes mercenaires agissant pour le compte d’Abdallah. Ce dernier retrouve ainsi le pouvoir jusqu’à son assassinat en 1989 lors d’un putsch mené par Denard. Djohar, le nouveau président élu, quittera le pouvoir en 1995 à la suite d’une nouvelle tentative de coup d’Etat. Le président élu, Taki, impose une nouvelle Constitution lui accordant plus de pouvoirs et transforme le pays en un Etat islamique.
En 1997, les îles d’Anjouan et Mohéli entrent en sécession. En 1999, Massoundé, qui assure l’intérim à la présidence laissée vacante suite au décès de Taki, est victime d’un pronunciamiento mené par le colonel Assoumani Azali. Sous forte pression de la communauté internationale, notamment de l’OUA/UA avec l’Afrique du Sud en première ligne, les trois îles engagent de longues négociations en vue d’une réconciliation nationale et signent l’Accord Cadre de Fombani du 17 février 2001.Cet accord prévoit la mise en place de nouvelles institutions préservant l’unité des Comores dans un cadre attribuant une large autonomie aux îles. La nouvelle Constitution est approuvée par référendum en décembre de la même année.
L’Union des Comores est ainsi née, mais le processus de réconciliation est loin d’être gagné. De sérieux désaccords persistent quant aux lois organiques portant sur les modalités d’application de la Constitution, notamment son article 9 relatif aux compétences exclusives ou partagées de l’Union et des îles autonomes. Alors que les réflexes «séparatistes» demeurent présents lors des multiples et complexes exercices électoraux. Organisées avec l’appui de la communauté internationale et la présence de nombreux observateurs étrangers, les présidentielles et les législatives de l’Union et celles des îles depuis 2001 montrent toutefois des progrès significatifs en terme de régularité des opérations.
Réconciliation nationale
Les premières législatives libres (deux tours) ont eu lieu après d’âpres négociations sous l’arbitrage de l’UA, en mars et avril 2004 pour désigner les membres des Assemblées des îles et du Parlement de l’Union mettant ainsi fin à la paralysie du système issu de l’accord de Fomboni. Le parti du président Azali la CRC (Convention pour le renouveau des Comores) qualifié de «Unioniste» essuya une sévère défaite face au «camp des îliens» c-à-d les partis contrôlés par les présidents des îles au niveau des assemblées et confirmée par les législatives du parlement de l’Union. Le «camp des îliens» en position de force dans les assemblées locales et au parlement de l’union constitue un handicap au processus de réconciliation nationale et rend difficile l’exercice de l’autorité présidentielle.
Les premières consultations pour désigner les présidents des îles ont eu lieu en 2002. Celles concernant le président de l’Union s’est déroulée en même temps. La Constitution prévoit une présidence «tournante» entre les îles. Le colonel Azali originaire de la Grande Comore étant élu en 2002 pour un mandat de quatre ans, la prochaine présidence, celle de 2006-2010, revient à une autre île, en l’occurrence Anjouan, choisie après accord des parties comoriennes. En 2010, la magistrature suprême sera assurée par Mohéli et ainsi de suite.
C’est donc dans une ambiance particulière qu’ont lieu ces deuxièmes présidentielles de l’Union des Comores, d’autant plus que l’Union ne dispose pas d’administration civile et militaire dans l’île d’Anjouan. D’où l’appel à la communauté internationale dont l’ONU, l’UA, les pays de la région pour un appui technique et financier. Par crainte d’un énième coup de force, une importante mission militaire et de police (AMISEC) placée sous la direction de l’Afrique du Sud, pays coordonnateur des efforts régionaux sur les Comores, y est dépêchée et restera sur place jusqu’à l’investiture du nouveau président comorien. Afin de laisser le champ libre à l’AMISEC, les troupes de l’Union et de l’île sont cantonnées dans les casernes. Le coût de l’opération de sécurisation électorales et stabilisation post-électorale est estimé à 15 millions d’euros.
Il convient de préciser que ces présidentielles se déroulent en deux temps. D’abord, il y a les primaires dans l’île bénéficiaire de la «rotation» dont l’électorat désigne les trois premiers candidats. Ces derniers doivent ensuite se présenter devant l’ensemble du corps électoral des trois îles. Lors du premier tour le 16 avril, les électeurs d’Anjouan ont choisi trois candidats pour le deuxième tour du 14 mai: Abdallah Sambi, Mohamed Djannfari et Ibrahim Halidi.
Le théologien Sambi, homme d’affaires et député de l’Union, est le grand vainqueur de ces primaires arrivant largement en tête du trio gagnant. Sa campagne est axée sur les thèmes de l’égalité et la justice sociale véhiculés par une radio et une télévision qu’il a créées. Comme les autres, il entend lutter contre la corruption et arbore le slogan «Se servir et non se servir». Très populaire auprès des défavorisés et parmi les jeunes de son île, il incarne le «changement». Il prône un islam modéré et rejette l’idée d’un Etat islamique. Lors de la crise séparatiste, il avait observé une neutralité absolue -- ce qui lui confère un capital sympathie à Anjouan.
Il aura face à lui Djaanfari un retraité de l’armée de l’air française, député et vice-président de l’Union arrivé en deuxième position lors des primaires du 16 avril. Mais son principal adversaire est le troisième du trio gagnant: Halidi, ancien militaire, homme politique d’expérience, ex-ministre des Affaires étrangères de l’Union et conseiller du président d’Anjouan. Malgré une avance confortable, la partie est loin d’être jouée pour Sambi.
Dysfonctionnements mineurs
En effet, lors du deuxième tour le 14 mai, c’est l’ensemble du corps électoral des trois îles qui désignera le nouveau président. Le vote à la Grande Comore, la plus grande des trois composantes de l’Union, qui n’a pas encore digéré le séparatisme anjouannais sera déterminant. Sambi qui n’avait pas adopté une attitude claire lors de sécession risque d’en faire les frais malgré le soutien des confréries religieuses de l’archipel. Halidi, candidat officiel de la CRC du président Azali, peut faire valoir sa prise de position anti-séparatiste. Il est en outre le seul candidat à avoir désigné ses deux vice-présidents, qui sont actuellement conseillers des Présidents de Grande Comore et de Mohéli. Il bénéficie, par ailleurs, d’un préjugé favorable des chancelleries occidentales.
Si les primaires à Anjouan se sont globalement bien passées, hormis quelques dysfonctionnements mineurs, marquant ainsi un net progrès par rapport aux scrutins antérieurs, la tension est montée d’un cran à l’approche du deuxième tour. L’apaisement nécessaire au bon déroulement de ce scrutin crucial va dépendre en grande partie du comportement des dignitaires «îliens», notamment du président de la Grande Comore.
Le deuxième tour de ces présidentielles constitue un véritable test pour la consolidation des acquis du processus de réconciliation engagé depuis la crise séparatiste avec la participation active de la communauté internationale : ONU, UA, UE, France, pays de la région dont Maurice. Une étape indispensable pour l’avenir socio-économique des Comores classé PMA (pays moins avancé). Le Rapport mondial sur le développement humain de 2005 place les Comores (PIB per capita: 530 dollars) au 132e rang sur 177 pays classés selon l’Indicateur de développement humain (IDH des Comores: 0,547). Près de 40 % de la population comorienne (670 000) vivent en dessous du seuil de pauvreté. La misère est de plus en plus voyante : augmentation des poches de pauvreté rurales et des bidonvilles. Le paludisme et le VIH/sida sont loin d’être maîtrisés. Le taux de croissance économique autour de 2% (moins que la croissance démographique) est insuffisant pour inverser la tendance. Les déséquilibres macro-économiques graves rendent difficile la relance économique: déficits budgétaires et de la balance des paiements entraînant un lourd endettement envers les organisations internationales On estime à 5% le taux de croissance requis pour réduire de manière significative la pauvreté.
A la conférence de Grand-Baie, les bailleurs de fonds ont promis 200 millions d’euros dont 1 million de Maurice pour financer le plan d’action comorien de lutte contre la pauvreté et de la relance économique. Mais en contrepartie du respect des engagements de l’Union des Comores en commençant d’abord par la régularité des présidentielles d’avril-mai. Au regard des primaires du 16 avril, on peut dire que les Comores ont réussi la moitié du pari. L’autre moitié reste à faire. Le scrutin du 14 mai sera donc un tournant dans l’histoire jusque-là chaotique de cet archipel situé dans un océan Indien qu’aucun des pays de la région dont Maurice ne souhaite la déstabilisation à terme. Le jour même où se tenait la conférence de Grand-Baie, soit le 8 décembre 2005, l’Assemblée générale des Nations unies votait la résolution 60/48. Ce texte «recalling» «the Declaration of the Indian Ocean as a Zone of Peace» contenue dans la résolution 2832 du 16 décembre 1971 invite les membres permanents du Conseil de sécurité et les «major maritime users of the Indian Ocean» à «assist the progress of a mutually beneficial dialogue to develop conditions of peace, security and septembre 2001 et de stability in the Indian Ocean region». La communauté internationale et les pays de la région en particulier semblent avoir tiré des enseignements du 11 l’intervention américaine en Iraq.
Mkazi Ville Heureuse
source maurituis times
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